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22.04.2008

Corinne Lepage: consommation et valeurs universalistes

482903328.jpgAlors qu’ en 1968 , certains mouvements se faisaient au nom du petit livre rouge de Mao, aberration décriée par le monde économique de l'époque, en 2008 c'est ce même monde économique qui cherche à donner comme modèle celui de la croissance chinoise, heureuse bénéficiaire d'un taux de croissance de l'ordre de 10 % de l'an. C'est tout autant une aberration.

Le choix fait par la Chine de produire en masse et pas cher, se fait évidemment grâce à une pollution sans précédent et à une politique sociale, si tant est qu'on puisse utiliser le mot, autant inégalitaire que dramatique pour des millions de personnes. Les occidentaux en portent une large part de responsabilité. En rejetant vers la Chine leurs activités polluantes et en investissant massivement sur ce nouveau marché, ils n'ont pas envisagé que la Chine puisse aussi décider de faire du monde une poubelle et de son pays un martyrologe sur le plan de l'écologie autant que sur celui des droits de l'homme. Car les deux sujets sont étroitement liés. Fin 2007 l'agence Chine nouvelle affirmait qu'un enfant atteint de malformations liées à la pollution de l'air ou de l'eau naissait toutes les 30 secondes, soit une augmentation de 40 % par rapport au début de la décennie. Le forum Europe Chine dans le comité fondateur duquel siège Michel Rocard, affirme que le nombre de pauvres en milieu urbain est passé de 4 millions en 2000 à 22  millions ,4 ans plus tard soit une croissance de 50 %. Du fait de la politique de déforestation massive, les déserts représentent désormais un quart du territoire et un tiers du pays connaît de sérieux problèmes d'érosion.

La réduction des surfaces cultivables est deux fois plus rapide depuis le début du XXIe siècle ce qui a deux conséquences. D'une part, le désert progresse de 2000 à 2500 km² par an depuis le début du XXIe siècle et 200 millions de réfugiés sont attendus venus des villages menacés par le sable. D'autre part, la baisse de la production agricole  qui résulte à la fois des conséquences de l'assèchement (en 2006 , la FAO annonçait la perte de plus de la moitié de la récolte du blé hivernal dans de nombreuses provinces du Nord les plus exposés à l' avancée du désert) et d'un choix politique lié dans l'investissement de l'eau chinoise dans la production de l’acier et non pas dans celle du blé ,contribue largement à la crise alimentaire mondiale . De fait, en effet, le nombre de villes chinoises souffrant d'un manque d'eau a triplé au cours des années 1980. L'assèchement du Huang He et du Chang jiang ont conduit au projet pharaonique des trois gorges et au détournement de ce fleuve vers le Huang He. Outre la catastrophe humaine patrimoniale et  écologique que représente la réalisation du barrage des trois gorges, la réalisation du barrage est aujourd'hui remise en cause par des fissures, des affaissements de terrain et  une augmentation de la sédimentation qui menace l'approvisionnement en eau potable des populations alentour .

Enfin, la réalisation d'une centrale à charbon par semaine pour alimenter la croissance est une menace pour l'humanité tout entière. À terme, la Chine ne pourra pas répondre à sa demande agroalimentaire ni aux besoins en matières premières de son industrie .Elle doit donc impérativement trouver à l'extérieur la réponse à ces besoins ,d'où sa politique en Afrique et en Amérique du Sud.

Ainsi, le besoin de pétrole explique la realpolitik chinoise de soutien au régime de Khartoum, le Soudan étant devenu l'un des principaux fournisseurs de pétrole de la Chine : 8 milliards de dollars a minima ont été investi par Pékin dans l'exploration et la production . 10 000 Chinois vivent au Soudan dont 4000 sont chargés de protéger le pipeline du sud Soudan.

C'est la raison pour laquelle la question du Darfour, comme l'a très bien rappelé Bernard Henri Lévy dans son éditorial de l'Express de cette semaine, doit revenir dans le débat concernant le boycott des jeux olympiques de Pékin.

N'oublions pas que la première fois où il a été parlé de boycott de ces jeux olympiques, c'était précisément lors de la soirée consacrée au Darfour, quelques jours avant le premier tour des présidentielles, soirée au cours de laquelle un certain nombre de candidats s'étaient précisément prononcé en sa faveur.

La question des droits de l'homme au sens auquel on l'entend habituellement et de droits de l'homme au sens de droit à la survie de l’espèce humaine en général et à la survie des êtres humains vivant aujourd'hui en particulier doit faire un tout.

Le boycott politique qu’Angela Merkel et Gordon Brown ont déjà accepté est une nécessité pour le Darfour comme pour le Tibet. La focalisation de la réaction chinoise au lamentable parcours de la flamme, contre la France, témoigne de la réactivité de notre société, et c'est tout à son honneur, contre les violences perpétrées au Tibet et au Darfour. Dans l'un ni l'autre cas, le pétrole et l'eau qui sont une des données sous-jacentes mais essentielles du problème, ne doivent pas être oubliés. Mais ne doit pas l'être davantage la responsabilité occidentale dans la soif chinoise d'eau et de matières premières dans la mesure où celle-ci s'abreuve principalement de la consommation de nos sociétés.

Refuser d'aller à Pékin pour la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques, c'est non seulement démontrer que nous sommes capables, même avec des menaces de retombées économiques négatives, de faire prévaloir les valeurs universalistes que nous sommes censées défendre  sur la scène internationale.

C'est aussi accepter de nous interroger sur les conséquences que notre mode de développement et nos choix de consommateurs induisent inévitablement sur le plan social comme sur le plan environnemental.

Retrouvez cette note sur le blog de Corinne Lepage : http://corinnelepage.hautetfort.com/archive/2008/04/21/co...

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